Gran Torino

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 » Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image. qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres, tous les contresens qu’on fait sont beaux. »

Dans Contre Sainte-Beuve, Proust soutient que la force d’une oeuvre n’est pas dans l’intention de l’auteur (qu’on pourrait réduire de manière simpliste à la volonté de communiquer un message), mais dans la manière dont le lecteur ou le spectateur se l’approprie, au moyen de quelques interprétations qui sont parfois des projections fantasmées. Prenons l’exemple du dernier Clint Eastwood, Gran Torino. Je suis allée le voir avec un ami et nous en sommes sortis tous les deux fort gênés, presque mal à l’aise, tant nous y avons trouvé de choses en écho avec notre propre histoire. Je pense à mon père, lui pense au sien, mais pour des raisons différentes, nous n’arrivons pas à nous accorder sur le personnage. On s’est tous deux pris une claque, pour des raisons strictement différentes.

Puisqu’il faut sacrifier à la règle de toute chronique ciné, voici un résumé express. C’est l’histoire d’un vieux con, misanthrope et raciste, qui devient le héros de son quartier le jour où il s’oppose à une bande de petits malfrats qui sèment la terreur. Naturellement, la vraie histoire, ce n’est absolument pas ça.

Suite…Il s’agit plutôt d’un homme qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit, un homme droit, moral et vaillant, qui a échoué à transmettre ses valeurs à ses fils, deux gros pleutres, lâches et intéressés. Ce qu’il a raté avec ses enfants, il essaie de le réussir avec un jeune garçon fragile et timide, qui se cherche une voie entre le chemin de croix et la mauvaise pente. Eastwood est irrésistible en pépé grincheux et sociopathe, qui insulte sa famille, ses voisins et même son curé. Je ris de bon coeur pendant une grande partie du film, ensuite ça devient triste et sombre et comme j’ai la larme facile, je sors un mouchoir, au cas où (et ce ne fut pas inutile).

 

Les films de C. Eastwood sont agaçants à force d’être bons. On se contenterait pourtant d’une petite faille dans le scénario, d’une réplique un peu lourde ou bien d’un jeu empesé. Rien de tout ça dans Gran Torino, impeccable du début jusqu’à la fin. Sans doute sa grande force est de créer des personnages complexes, sombres mais attachants. Comme quoi, on peut être le dernier des connards et avoir le sens de ce qui est juste et nécessaire. On peut aussi être un père insupportable et réac’ et néanmoins avoir raison de dénoncer la bêtise et la médiocrité de sa propre engeance. D’où le mal aise. Parce que les enfants n’ont pas toujours raison face à leurs parents. Parfois, les cons, c’est nous. Aie.

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~ par procrastineuse sur avril 3, 2009.

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