L’art de coucher au bon moment (Deux soeurs pour un roi)

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L’intérêt de Deux soeurs pour un roi ne réside pas vraiment dans son aspect “historique” (si vous êtes féru d’histoire médiévale, l’excellente série The Tudors est bien plus instructive). Si le film demeure intéressant, c’est parce qu’il soulève un cas de conscience amoureux bien connu : quand est-ce le bon timing pour coucher ? Le film illustre les deux cas de figure, à travers l’exemple successif de deux soeurs, l’une qui couche trop tôt (et qui se fait jeter), l’autre qui couche trop tard (et qui se fait décapiter).

cas n°1 : Mary, la couche trop tôt
La douce Mary (Scarlett Johannson) est une jeune femme tranquille, qui aspire à une vie calme à la campagne. Manque de chance, elle a l’heur de plaire au roi d’Angleterre, Henri, insatiable coureur de jupons, qui l’invite à sa cour. A peine arrivée, elle est aussitôt sommée de se mettre à la disposition du roi, ce qu’elle fait en toute obéissance. Le roi apprécie son humilité et sa sincérité. La liaison dure jusqu’à ce que Mary tombe enceinte. Sa grossesse est à risques, elle doit garder le lit (comprenez : sexuellement indisponible). Fatalement, le roi se lasse, s’entiche d’une autre et abandonne la jeune Mary à son sort, un enfant illégitime sur les bras.

cas n°2 : Anne, la couche trop tard
L’intrigante Anne (Natalie Portman) a bien retenu la leçon : céder trop tôt = se faire jeter aussitôt. Elle rend Henri fou amoureux tout en repoussant ses avances pressantes. Dans un premier temps, ça marche. Le roi est prêt à toutes les folies pour mettre l’ambitieuse Anne dans son lit, qui ne veut se donner qu’en épouse légitime. On connaît la suite de l’histoire : divorce d’avec Catherine d’Aragon, brouille avec le Pape, schisme anglican, etc. Sauf que les exigences d’Anne ont fini par agacer le roi. Sa passion se mue en haine (viol humiliant) puis en mépris. Le mariage est malheureux, d’autant que la nouvelle reine ne parvient pas à donner à Henri l’héritier mâle dont il a tant besoin. A la première bourde, Anne est virée, condamnée pour sorcellerie et décapitée.

Passons sur la personnalité odieuse de Henri Tudor, le séducteur, violeur, tyran, barbe-bleue, etc. Les figures féminines et les partis pris narratifs sont bien plus intéressants (quoique inspirée de faits réels, cette histoire est largement romancée…). Des deux soeurs, celle qui s’en sort le mieux, c’est encore la première. 1) elle reste en vie (!!), 2) elle se remarie et finit pépère, 3) elle est l’une des seules à avoir gagné et su garder la tendresse et la confiance du roi (d’où le 1) sans doute). Elle a couché sans calcul, pour obéir à son roi et à son père-maquereau, et un peu par amour, faut bien le dire (moment fraise tagada : “mais je l’aimeuh”), en acceptant dignement de se faire jeter. Au contraire, Anne, la préférée de Papa-maquereau, vise trop haut et croit infini son pouvoir sur les hommes. Mais à force de mener Henri par le bout de la … concupiscence, elle finit par le rendre fou, au sens premier du terme (du moins, c’est l’hypothèse avancée : la testostérone en fusion lui serait montée à la tête et l’aurait fait débloquer. Acte de naissance de Barbe-Bleue).

Ce constat est abjectement rétrograde car la vertueuse mais soumise Mary l’emporte sur l’intelligente et l’ambitieuse Anne (genre : “sois femme et reste à ta place”). En même temps, ça va tellement à l’encontre des recommandations classiques que ça en devient presque moderne. Jugez plutôt : mieux vaudrait coucher trop tôt que trop tard. D’habitude, c’est l’inverse, dans la littérature (Molière, Choderlos de Laclos, Crébillon, Zola …), le cinéma (quasiment tous les films où y a une love affair entre les deux protagonistes), sans parler de Cosmobiba et consorts, le message est le même : “jamais le premier soir”, “faites durer l’attente”, bla bla bla. Ici, c’est exactement l’inverse. On a du mal à croire qu’un film soit si peu féministe d’un côté et propose un discours novateur sur le sexe, où l’option spontanée, sans calcul, est valorisée sur le piège à Don Juan qu’est supposée être l’esquive systématique. Rien que pour ça, je vous conseille ce film !

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~ par procrastineuse sur avril 16, 2008.

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