Que faire avec un manuscrit ?

Il paraît que 10 % de la population française a déjà écrit : une nouvelle, un roman ou un journal intime, nous sommes nombreux à être démangés de la plume. Très rares sont ceux qui envoient leurs textes dans une maison d’édition. Si vous vous apprêtez à franchir le pas néanmoins, voici quelques conseils pour que votre manuscrit ne finisse pas directement dans lapoubelle de votre prochain lecteur … (Ma légitimité : 3 mois de stage dans une maison d’édition). Sur la présentation générale du « tapuscrit » : – A faire : Joindre une lettre de présentation avec vos coordonnées – ça paraît bête mais j’ai vu passer des textes « muets ». Se présenter brièvement (âge, profession, particularités). Résumer l’intrigue de l’œuvre, en l’illustrant éventuellement de quelques extraits. C’est bien si le texte est relié (anneaux, spirales ou colle), parce que des feuilles volantes, ça se glisse facilement hors du paquet et ça se perd. Et puis ça fait vraiment boulet, 500 pages de texte volantes … Ecrire clairement et lisiblement : si vous n’arrivez pas à expliquer en quelques lignes en quoi consiste votre ouvrage, ça augure mal pour la suite. – A proscrire : Se la péter dès l’introduction, en faisant sa quatrième de couv, avec un auto-éloge de la profondeur et de l’originalité de son texte. Expliquer comment, à l’âge de 4 ans et demi, vous avez compris que votre destin, c’était d’être écrivain. On s’en fout. Sur l’œuvre, le style, l’histoire : On peut classer les wannabe écrivains en deux catégories : ceux qui écrivent pour des lecteurs, et ceux qui écrivent pour eux-mêmes. Ces derniers ne devraient jamais être publiés. Par pitié, si vous vous appelez Janine, que vous êtes en plein divorce / ménopause / dépression et que vous avez des vergetures, allez plutôt voir un psy ! N’infligez pas au lecteur qui ne vous a rien fait le récit de votre vie triviale et ordinaire, qui n’intéressera même pas vos petits enfants. Ok, je suis un peu méchante, mais les ¾ des textes reçus sont des autobiographies de quidams qui promènent leur cellulite spirituelle en bandoulière en pensant qu’ils ont vécu des choses extraordinaires, et qui en fait sont d’une banalité à pleurer. Si vraiment vous estimez que votre vie ou celle de votre grand-mère est unique, à partir du moment où elle n’est pas un personnage public, adoptez un certain point de vue, sélectionnez les épisodes vraiment marquants, qui donnent une cohérence à l’ensemble. L’incipit est crucial, cela va de soi. Il faut donner envie au lecteur de poursuivre la lecture. Mais la fin est très importante aussi : une fin bâclée laisse une mauvaise impression, celle qu’on en avait marre et que voilà, on arrête là. Il faut se renseigner un minimum lorsqu’on parle de réalités qu’on n’a pas vécues soi-même. Faire une enquête, se documenter, c’est le strict minimum si l’on ne veut pas paraître ridicule et cuistre. Certains s’improvisent spécialistes dans un domaine dont ils ne connaissent strictement rien, et assènent au lecteur des leçons de morale, d’histoire ou de politique tout à fait rébarbatives. On ne le dira jamais assez : Un texte qui présente des fautes d’orthographe et de grammaire récurrentes est la preuve d’une insuffisante maîtrise de la langue, quel que soit le niveau d’expression choisi. Dans les fiches de lecture, on attribue également une note de « grammaire / orthographe », comme à l’école, eh oui. Renoncez à la poésie : faites-vous une raison. “Pourquoi certains écrivent-ils ? Parce qu’ils n’ont pas assez de caractère pour ne pas écrire”(Karl Kraus). Voici le top 3 du meilleur du pire de ce que j’ai pu lire : – une méthode de régime foudroyante : Anorexia style. Principe : ne se nourrir que d’eau claire pendant deux semaines, en s’autorisant, tous les 4 jours, à un yaourt – mais attention, nature et 0 %, le yaourt ! – un jeune garçon de 18 ans qui a découvert l’histoire de la Shoah en Terminale s’est improvisé spécialiste des camps de la mort. Il nous a fait une charmante petite histoire où une jeune juive, Gaëlle (très yiddish comme prénom, n’est-ce pas), tombe amoureuse d’un nazi SS (Ulrik), qui la sauve des chambres à gaz en l’hébergeant chez lui (c’est bien connu, les SS avaient des pied-à-terre à 10 minutes de Birkenau). Chabadabada, Gaëlle tombe amoureuse du méchant nazi qui n’est pas si méchantIl paraît que 10 % de la population française a déjà écrit : une nouvelle, un roman ou un journal intime, nous sommes nombreux à être démangés de la plume. Très rares sont ceux qui envoient leurs textes dans une maison d’édition. Si vous vous apprêtez à franchir le pas néanmoins, voici quelques conseils pour que votre manuscrit ne finisse pas directement dans lapoubelle de votre prochain lecteur … (Ma légitimité : 3 mois de stage dans une maison d’édition). Sur la présentation générale du « tapuscrit » : – A faire : Joindre une lettre de présentation avec vos coordonnées – ça paraît bête mais j’ai vu passer des textes « muets ». Se présenter brièvement (âge, profession, particularités). Résumer l’intrigue de l’œuvre, en l’illustrant éventuellement de quelques extraits. C’est bien si le texte est relié (anneaux, spirales ou colle), parce que des feuilles volantes, ça se glisse facilement hors du paquet et ça se perd. Et puis ça fait vraiment boulet, 500 pages de texte volantes … Ecrire clairement et lisiblement : si vous n’arrivez pas à expliquer en quelques lignes en quoi consiste votre ouvrage, ça augure mal pour la suite. – A proscrire : Se la péter dès l’introduction, en faisant sa quatrième de couv, avec un auto-éloge de la profondeur et de l’originalité de son texte. Expliquer comment, à l’âge de 4 ans et demi, vous avez compris que votre destin, c’était d’être écrivain. On s’en fout. Sur l’œuvre, le style, l’histoire : On peut classer les wannabe écrivains en deux catégories : ceux qui écrivent pour des lecteurs, et ceux qui écrivent pour eux-mêmes. Ces derniers ne devraient jamais être publiés. Par pitié, si vous vous appelez Janine, que vous êtes en plein divorce / ménopause / dépression et que vous avez des vergetures, allez plutôt voir un psy ! N’infligez pas au lecteur qui ne vous a rien fait le récit de votre vie triviale et ordinaire, qui n’intéressera même pas vos petits enfants. Ok, je suis un peu méchante, mais les ¾ des textes reçus sont des autobiographies de quidams qui promènent leur cellulite spirituelle en bandoulière en pensant qu’ils ont vécu des choses extraordinaires, et qui en fait sont d’une banalité à pleurer. Si vraiment vous estimez que votre vie ou celle de votre grand-mère est unique, à partir du moment où elle n’est pas un personnage public, adoptez un certain point de vue, sélectionnez les épisodes vraiment marquants, qui donnent une cohérence à l’ensemble. L’incipit est crucial, cela va de soi. Il faut donner envie au lecteur de poursuivre la lecture. Mais la fin est très importante aussi : une fin bâclée laisse une mauvaise impression, celle qu’on en avait marre et que voilà, on arrête là. Il faut se renseigner un minimum lorsqu’on parle de réalités qu’on n’a pas vécues soi-même. Faire une enquête, se documenter, c’est le strict minimum si l’on ne veut pas paraître ridicule et cuistre. Certains s’improvisent spécialistes dans un domaine dont ils ne connaissent strictement rien, et assènent au lecteur des leçons de morale, d’histoire ou de politique tout à fait rébarbatives. On ne le dira jamais assez : Un texte qui présente des fautes d’orthographe et de grammaire récurrentes est la preuve d’une insuffisante maîtrise de la langue, quel que soit le niveau d’expression choisi. Dans les fiches de lecture, on attribue également une note de « grammaire / orthographe », comme à l’école, eh oui. Renoncez à la poésie : faites-vous une raison. “Pourquoi certains écrivent-ils ? Parce qu’ils n’ont pas assez de caractère pour ne pas écrire”(Karl Kraus). Voici le top 3 du meilleur du pire de ce que j’ai pu lire : – une méthode de régime foudroyante : Anorexia style. Principe : ne se nourrir que d’eau claire pendant deux semaines, en s’autorisant, tous les 4 jours, à un yaourt – mais attention, nature et 0 %, le yaourt ! – un jeune garçon de 18 ans qui a découvert l’histoire de la Shoah en Terminale s’est improvisé spécialiste des camps de la mort. Il nous a fait une charmante petite histoire où une jeune juive, Gaëlle (très yiddish comme prénom, n’est-ce pas), tombe amoureuse d’un nazi SS (Ulrik), qui la sauve des chambres à gaz en l’hébergeant chez lui (c’est bien connu, les SS avaient des pied-à-terre à 10 minutes de Birkenau). Chabadabada, Gaëlle tombe amoureuse du méchant nazi qui n’est pas si méchant en fait et qui est tué en 1945 par les gentils américains pas si gentils (puisqu’ils tuent Ulrik). Quand elle sort des camps de concentration, elle retrouve son premier amour, Fritz ou Franz, qu’elle croyait mort et ils élèvent ensemble le fils qu’elle a eu avec le SS, Ulrik Jr. – Un autre spécialiste de 20 ans, en philosophie cette fois, nous explique sur un ton péremptoire – alors qu’il a lu, au mieux, un résumé de la Métaphysique des Mœurs de Kant – qu’il a trouvé la solution pour bien vivre sa vie. Pour lui, c’est tout vu : ce sera le catholicisme, version fondamentaliste (avec messes en latin et fin de la mixité à l’école). en fait et qui est tué en 1945 par les gentils américains pas si gentils (puisqu’ils tuent Ulrik). Quand elle sort des camps de concentration, elle retrouve son premier amour, Fritz ou Franz, qu’elle croyait mort et ils élèvent ensemble le fils qu’elle a eu avec le SS, Ulrik Jr. – Un autre spécialiste de 20 ans, en philosophie cette fois, nous explique sur un ton péremptoire – alors qu’il a lu, au mieux, un résumé de la Métaphysique des Mœurs de Kant – qu’il a trouvé la solution pour bien vivre sa vie. Pour lui, c’est tout vu : ce sera le catholicisme, version fondamentaliste (avec messes en latin et fin de la mixité à l’école).

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~ par procrastineuse sur juin 6, 2007.

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